HERGE
GEORGES REMI, dit HERGE

Biographie
Georges Prosper Remi est né à Etterbeek, une commune de l'agglomération bruxelloise, le 22 mai 1907. Ses parents, Alexis Remi (1882–1970) et Élisabeth Dufour (1882–1946), appartiennent à la classe moyenne et vivent à Bruxelles.
Ses débuts au journal Le Vingtième Siècle
En 1925, Hergé est engagé comme employé au service des abonnements au journal catholique (et politiquement très à droite) Le Vingtième Siècle.
En 1926, il crée Totor, CP des Hannetons pour Le Boy-Scout belge. Ses parents tentent en vain de lui faire suivre des cours de dessin à l'école Saint-Luc. Il effectue ensuite son service militaire en 1926-1927, service durant lequel il continue d'écrire les aventures de Totor pour Le Boy-Scout belge.
À son retour au Vingtième Siècle en 1927, son directeur, l'abbé Norbert Wallez, l'encourage à s'instruire et à se cultiver. Hergé effectue pour le journal des illustrations, des portraits, du lettrage, des photographies.
En 1928, Hergé est nommé rédacteur en chef du Petit Vingtième, le supplément jeunesse du Vingtième Siècle. Le premier numéro sort le 1er novembre. Il dessine avec un enthousiasme modéré Les Aventures de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet, sur le scénario de Desmedt, un rédacteur sportif du journal...
Il découvre dans le même temps les comics américains et leur système de bulles, qui permettent aux personnages d'exprimer leurs pensées ou de parler directement dans le dessin.
C'est cette même année qu'il se fiance avec Germaine Kieckens, secrétaire de l'abbé Wallez.
Tintin, Milou, Quick, Flupke et les autres
Le 10 janvier 1929, dans le numéro onze du Petit Vingtième paraît le premier épisode de Tintin au pays des Soviets, sur commande directe de l'abbé Norbert Wallez : c'est le début des Aventures de Tintin et Milou. Le reporter et son fidèle fox-terrier parcourront le monde pendant plus de cinquante ans.
Le 23 janvier 1930, Quick et Flupke, les deux garnements de Bruxelles, font leur première apparition. Le jeudi 8 mai de la même année, Tintin et Milou font un retour triomphal à la Gare du Nord de Bruxelles : Le Petit Vingtième a engagé un figurant pour jouer le rôle de Tintin, Lucien Peppermans, et publie un reportage relatant cette arrivée ; Tintin vient de terminer sa première aventure. Le 9 juillet 1931, fin des aventures de Tintin au Congo : Le Petit Vingtième organise à nouveau une mise en scène à la Gare du Nord, une foule énorme accueille Tintin, pourtant incarné par un autre figurant !
Au début des années 1930, Hergé se voir pourvoir un assistant en la personne de Paul Jamin qui sera plus tard connu en tant que caricaturiste sous le nom d'Alidor.
En septembre, notre reporter repart pour le Nouveau Monde (Tintin en Amérique). Hergé commence un peu à se documenter, il lit en particulier un ouvrage sur l'histoire des Peaux-Rouges. Le 20 juillet 1932, Georges Remi épouse Germaine Kieckens.
En 1934, Casterman, l'éditeur de Tournai, commence à publier les albums de Tintin (jusque là, ce sont les éditions du Petit Vingtième qui s'en chargeaient).
Un album broché en couleurs d'Hergé paraît par ailleurs, qui restera sans suite : Popol et Virginie chez les Lapinos.
![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
Après les Cigares du pharaon, Hergé désire envoyer son héros en Chine. On le met en contact avec un jeune chinois, Tchang Tchong-jen, étudiant à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Celui-ci pousse Hergé à s'informer et à se documenter sérieusement sur les pays que visite Tintin. Il le sensibilise à la situation en Chine. À travers le Lotus bleu, première aventure de Tintin dotée d'un scénario solide, Hergé prend position en faveur du peuple chinois, qui subit l'occupation japonaise. On est loin des premières aventures de Tintin, où Hergé ne faisait que refléter la mentalité de son époque et de son milieu : l'anticommunisme virulent (Tintin au pays des Soviets) et le colonialisme (Tintin au Congo) ou l'anti-américanisme (Tintin en Amérique), très à la mode à l'époque. Pour Hergé, la bande dessinée devient de moins en moins un amusant passe-temps, et de plus en plus un travail très sérieux.
En 1935, l'hebdomadaire français Cœurs Vaillants trouve que Tintin n'est pas forcément un bon modèle pour la jeunesse : pas de parents connus, il ne va pas à l'école, il ne travaille pas beaucoup… Hergé avait pourtant été contacté plusieurs années avant pour la parution de Tintin première manière dans Cœurs Vaillants, mais ce journal estimait une bande à base de seuls phylactères trop peu littéraire pour son public (les « histoires à ballons » comme on les nommait alors étaient considérées comme appauvrissant le vocabulaire des jeunes lecteurs compte tenu de leur absence de texte narratif et descriptif). Il demanda donc des commentaires en dessous de chaque image, comme dans les œuvres du siècle précédent de Christophe. Hergé s'y essaya, et on peut parfois voir dans les expositions qui lui sont consacrées une partie de ces essais, mais au bout du compte, il considéra que ce style serait trop redondant et briserait de surcroît le rythme des scènes d'action. L'affaire était alors restée sans suite.
Le journal, qui a fini par s'ouvrir sur les « histoires à ballons », passe commande à Hergé d'une nouvelle série : Jo, Zette et Jocko. La revue catholique souhaite avoir une histoire qui met en scène une "famille" (Tintin n'a pas de parents). Trois histoires seront publiées sous forme de cinq albums.
Entre 1935 et 1940, paraissent successivement :
- L'Oreille cassée (1935) qui est une transposition de la guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay sur fond de combinations entre différentes compagnies pétrolières.
- L'Île noire (1937) fait suite à un voyage d'Hergé en Grande-Bretagne évoque les faux billets émis par les nazis (le docteur Müller est un Allemand) pour fragiliser les démocraties européennes.
- Le Sceptre d'Ottokar (1938) est le récit d'un Anschluss raté. À la fin de l'histoire, dans les feuillets bleus récupérés par Tintin, on peut voir la signature d'un certain "Musstler" (Mussolini + Hitler).
- Tintin au pays de l'or noir, débuté en 1939 est interrompu par la mobilisation de Georges Remi, puis par l'invasion allemande de la Belgique. Le Vingtième Siècle et son supplément jeunesse disparaissent. La publication de L'Or noir ne reprendra que huit ans plus tard, mais modifiée : les luttes en Palestine entre Juifs, Arabes et Britanniques disparaissent. Hergé ne trouvera en fin d'album qu'une pirouette, que l'on peut trouver frustrante, pour expliquer l'absence, tout au long de l'album, du capitaine Haddock, devenu entre temps personnage incontournable des aventures de Tintin.
Juste avant la guerre Hergé avait prêté son concours à un journal financé par l'ambassade d'Allemagne à Bruxelles: "L'Ouest" dont le rédacteur en chef était le journaliste belge Raymond Debecker. Hergé y publiera une série neutraliste intitulée les "Aventures de Mr Bellum".
À partir de 1940, Hergé travaille pour le quotidien belge Le Soir, journal contrôlé par l'occupant et dirigé par Raymond Debecker. Les aventures de Tintin paraissent d'abord dans un supplément, Le Soir Jeunesse, puis, suite entre autres à des restrictions de papier, sous la forme de strips noir et blanc ; ce sera Le Crabe aux Pinces d'Or, marqué par l'apparition du capitaine Haddock, puis L'Étoile Mystérieuse, Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge (le récit sur deux volumes d'une fantastique course au trésor, menée avec l'aide d'un nouveau venu, le professeur Tournesol), et enfin Les 7 Boules de Cristal (une variante de la malédiction de la momie).
C'est en 1943 qu'il rencontre Edgar P. Jacobs. Le futur créateur de Blake et Mortimer aide Hergé à refondre ses anciens albums, pour les coloriser et les faire tenir dans le cadre strict des soixante-deux pages (jusqu'ici, certaines des aventures de Tintin faisaient jusqu'à cent trente pages), en raison des restrictions de papier dues à la guerre.
La parution des 7 Boules de Cristal sera interrompue le 3 septembre 1944. En quelques jours, Hergé est arrêté à quatre reprises, par la Sûreté de l'État, la police judiciaire, le Mouvement National Belge et le Front de l'indépendance. Son domicile est perquisitionné. Tous les journalistes ayant participé à la rédaction d'un journal pendant l'Occupation se voient interdire provisoirement toute publication. Pendant cette période troublée, Hergé a écrit des récits d'évasion, évitant de faire référence à la situation politique internationale. On notera cependant que dans la première édition de L'Étoile Mystérieuse, l'expédition internationale à laquelle participe Tintin ne compte que des pays neutres ou membres de l'Axe, et que leur déloyal concurrent est sous pavillon américain et financé par un certain Blumenstein, nom à la fâcheuse - vu le contexte - connotation juive (le nom de Blumenstein sera dans des versions ultérieures remplacé par Bohlwinkel et le pavillon américain par celui d'un pays imaginaire). Un strip qui caricaturait des marchands juifs se réjouissant des affaires qu'ils allaient faire grâce à la fin du monde avait été supprimé dans l'album.
L'œuvre d'Hergé contient aussi quelques dessins douteux dans ce registre ; ils ont pratiquement tous été corrigés par la suite (à l'exception notable du nez de Blumenstein, que Hergé projetait de redessiner - sans jamais pourtant prendre le temps de le faire - car il évoquait trop les caricatures antisémites de l'époque). Ces corrections eurent-elles lieu parce que Hergé avait sincèrement changé de point de vue entre temps ou par crainte de critiques? Avant l'Occupation, Hergé peut être désigné comme ayant été proche de Léon Degrelle et des rexistes. Il a a illustré la brochure de ce dernier "Histoire de la guerre scolaire", en 1932.
On a parfois dit que, durant l'Occupation, Hergé se contentera de survivre, mais, comme le souligne Maxime-Benoît Jannin, tandis que le journal d'Hergé Le Vingtième Siècle ne peut plus paraître, Le Soir passe aux mains des partisans de l'Ordre Nouveau et de la propagande allemande. Hergé y est rapidement embauché (dès octobre 1940). Il passe ainsi d'un journal tiré à 15.000 exemplaires à un journal tiré à 200 puis 300.000 exemplaires. De l'effondrement de 1940, date, il faut s'en souvenir, l'entrée d'Hergé dans le succès et son corollaire, la richesse..., (qui s'illustre par le fait qu'Hergé vendit 600.000 albums durant l'Occupation.[] Le même auteur a montré quelle était la proximité entre le futur directeur du "Soir volé", Raymond De Becker et Hergé, de même que les sympathies évidentes du dessinateur de Tintin pour Léon Degrelle, sa rage à caricaturer la position de la France en décembre 1939 dans l'éphémère hebdomadaire L'Ouest. La participation d'Hergé au Soir n'est donc pas anecdotique et ne peut être considérée comme relevant de la nécessité alimentaire. De même que son antismétisme ou du moins sa judéophobie. Cela ne signifie pas qu'Hergé se soit rendu complice des pires choses. Mais l'album L'étoile mystérieuse oppose l' Europe (une Europe sans Anglais ni Français), aux USA avec les connotations idéologiques et les connotations antisémites très évidentes qu'on a rappelées.
Dans une interview en 1973 il dira : « Je conviens que moi aussi j'ai cru que l'avenir de l'Occident pouvait dépendre de l'Ordre nouveau. Pour beaucoup, la démocratie s'était montrée décevante, et l'Ordre nouveau apportait un nouvel espoir. Au vu de tout ce qui s'est passé, c'était naturellement une grossière erreur d'avoir pu croire un instant à l'Ordre nouveau » (interview accordée au Haagse Post en mars 1973). Et la même année, il analysera : « Ma naïveté à cette époque confinait à la bêtise, on peut même dire à l'imbécillité » (interview accordée au magazine flamand Elsevier).
Le journal de Tintin et les Studios Hergé
Interdit de publication (même sous le pseudonyme de Olav pris en commun avec E P Jacobs), Hergé ne peut pas travailler sauf à la refonte de ses anciens albums.
En 1946, il est contacté par un ancien résistant, Raymond Leblanc, qui lui propose de créer un journal. Le 26 septembre 1946 paraît le premier numéro de l'hebdomadaire Tintin. De nombreux dessinateurs viennent collaborer au magazine.
Les aventures de Tintin se poursuivent: Le Temple du Soleil (qui poursuit l'intrigue des Sept Boules de cristal ), Au pays de l'or noir, Objectif Lune, On a marché sur la Lune. Hergé désirant être particulièrement rigoureux et voulant se documenter au maximum pour ces aventures lunaires, il fonde en 1950 les Studios Hergé. Ces studios compteront jusqu'à une dizaine de collaborateurs qui aideront Hergé dans sa tâche. Les aventures de Tintin continuent d'être publiées dans le journal du même nom : L'Affaire Tournesol, Coke en stock.
Une liaison a débuté en 1956 entre Georges Remi et Fanny Vlamynck, coloriste aux Studios. Son mariage avec Germaine se brise (le divorce ne sera prononcé qu'en 1960, et Georges ne se mariera avec Fanny qu'en 1977). De plus, Hergé est assailli par des cauchemars récurrents, où tout est blanc. Il consulte un psychanalyste suisse, élève de Jung, qui lui conseille d'arrêter de travailler. C'est pourtant à travers Tintin au Tibet, sans doute son album le plus sombre et le plus intense, qu'Hergé exorcisera ses démons. C'est également à partir de 1960 qu'il découvre l'art contemporain, qui deviendra une passion chez lui.
Tintin devient un succès mondial. Les ventes d'albums s'envolent, il est traduit en un nombre toujours plus grand de langues, et il commence à intéresser les publicitaires. Tintin est adapté au cinéma, d'abord sous forme de films avec acteurs (Tintin et le mystère de la Toison d'or en 1960, Tintin et les oranges bleues en 1964). C'est un jeune belge, Jean-Pierre Talbot, qui interprète le rôle de Tintin. Des dessins animés sont ensuite produits par les studios Belvision. On retiendra notamment une adaptation du Temple du Soleil (1969), et une aventure sur un scénario original de Greg, Tintin et le lac aux requins, réalisée par Raymond Leblanc en 1972.
Simultanément, les parutions des aventures de Tintin s'espacent de plus en plus : Les Bijoux de la Castafiore en 1963, Vol 714 pour Sydney en 1968 et Tintin et les Picaros en 1976. Tintin est moins une priorité pour Hergé, qui se met à voyager : en 1971, il va pour la première fois aux États-Unis, puis il honore en 1973 une invitation faite trente-cinq ans plus tôt par le gouvernement du Guomindang (pour le remercier de la prise de position en faveur du peuple chinois dans Le Lotus bleu) en se rendant à Taiwan.




